Quand Elsa Deck Marsault parle de la justice comme "un bien commun à reprendre des classes dominantes et à bâtir ensemble" théoriquement je suis d'accord, c'est beau, mais en pratique, je ne vois pas comment ne pas essayer de le faire aussi dans certains cadres étatiques...
Bon nombre de mouvements féministes se battent aussi sur le volant éducatif pour essayer d'encadrer, d'accompagner, de changer les esprits et l'Etat, ne serait-ce que par l'école, ne se réduit pas au punitif.
De manière plus générale, mais c'est sans doute personnel, j'ai du mal avec cette vision de l'Etat vu intrinsèquement et uniquement comme une force d'oppression.
En revanche, je trouve que le rapport à l'Etat, vu uniquement sur le mode coercitif dans cet essai, est très contestable. Par exemple, il est faux de dire qu'il y aurait une "convergence des forces réactionnaires et du féminisme" vers le punitif, et uniquement vers lui.
... sauf à retomber sur des échelles marginales et finalement peu collectives.
On le voit avec les tristes polémiques actuelles: les mouvements féministes ne se battent pas que pour une répression des agresseurs, mais aussi pour plus d'encadrement, d'accompagnement, d'éducation, d'une justice qui ne se réduit pas au punitif.
Je trouve nécessaire d'interroger ce réflexe, j'apprécie également les retours critiques d'Elsa Deck Marsault sur la mise en spectacle médiatique des récits de souffrance (devient-on une "bonne" victime quand on est capable de "performer" un récit de souffrance?)
Idem, c'est faux de dire que "le féminisme" ne fait que reproduire un discours opposant l'agressée (une femme blanche) et l'agresseur (un homme étranger/issu de l'immigration). C'est caricatural, ça oblitère par ex toutes les actions menées autour des violences intra-familiales