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12h
Microsoft a décidé de s’attaquer à WebKit, et pour ça il a trouvé la cible de choix : son utilisation obligatoire sur iPhone. Selon la firme de Redmond, son utilisation handicape l’iPhone à hauteur de quasi 30 % de performances en moins, comme le rapporte The Register. Edge est disponible depuis 2017 sur iPhone, mais avec WebKit obligatoirement. Image Microsoft. Dans le petit monde des navigateurs internet, il y a trois moteurs installés : Blink, utilisé par Chrome et tous les navigateurs basés sur Chromium tels que Edge, Vivaldi, Brave ou Opéra ; WebKit, servant principalement à Safari ; et Gecko, le moteur de Firefox. Si ce dernier a longtemps été le navigateur de choix durant les années 2000, il ne compterait aujourd’hui que pour 2 % des utilisateurs, autrement dit plus grand chose pour concurrencer Blink et WebKit. Concernant WebKit, les chiffres sont bien plus importants. S’il compte pour 23,4 % des navigateurs mobiles dans le monde, cette part monte à 51,2 % aux USA, ce qui montre bien la domination de l’iPhone dans le pays. Et toute l’importance de WebKit se situe ici : si les développeurs web peuvent facilement l’ignorer concernant la navigation sur ordinateur, le moteur de Safari est beaucoup plus difficilement occultable sur mobile, avec des parts variant d’un quart à plus de la moitié du marché selon le pays. Apple a bien compris l’importance de WebKit sur son smartphone, et c’est probablement la raison principale de sa position sans équivoque sur les navigateurs autorisés sur iPhone : des concurrents peuvent s’installer, mais à une seule condition, que WebKit reste le moteur. Il y a bien l’Union européenne qui a forcé Cupertino à ouvrir l’iPhone à d’autres moteurs, mais à part quelques démonstrations de Google ou Mozilla, rien de concret n’est arrivé sur la plateforme. Et à quoi bon ? Quel intérêt à développer une version spécifique d’un navigateur pour l’UE si le reste du monde ne peut pas l’utiliser ? Microsoft a donc décidé d’attaquer frontalement WebKit, par là où ça fait mal : l’entreprise de Redmond estime que 28,6 % de performances sont perdus sur iPhone, du fait de l’utilisation de WebKit quand Blink pourrait le remplacer. Pour ce faire, elle a utilisé plusieurs outils de benchmark, dont Speedometer 3.1. Et le résultat serait sans appel : le moteur WebKit ferait perdre quasiment 30 % de performances sur iPhone par rapport à un navigateur utilisant Blink sur une structure de type Chromium. Pour effectuer ses tests dans un semblant de monde réel, Microsoft a justement utilisé la porte laissée ouverte par le DMA, en installant sur un iPhone de test une version de Edge utilisant Blink grâce au BrowserEngineKit mis en place par Apple suite aux exigences européennes. Et ce navigateur made in Redmond bat à chaque fois Safari : 28,6 % sur Speedometer, mais aussi 13,1 % de mieux sur JavaScript ou, plus faible mais toujours meilleur, 2,1 % de mieux sur MotionMark 1.3.1. Kyle Pflug, responsable produit pour Microsoft Edge, rappelle cependant qu’il s’agit « d’un prototype, pas d’une annonce de sortie produit, et ce sont des chiffres produits sur [mon] iPhone, non des résultats de labo. [...] Mais ces résultats prouvent qu’il y a une opportunité à saisir pour améliorer les performances et ouvrir un nouveau front de compétition. ». Bien entendu, le responsable développement Chrome chez Google a immédiatement sauté sur l’occasion pour en rajouter : Étant donné que Chromium et WebKit sont toujours au coude à coude niveau performances sur macOS, c’est bluffant de voir à quel point l’écart est important sur iOS ! [...] Et nous n’avons même pas encore cherché à optimiser le moteur pour la plateforme ! Ça montre à mon sens à quel point les choses peuvent traîner en l’absence de compétition. » Apple, de son côté, n’a pas (encore ?) émis de commentaires sur ces résultats. Reste que pour le coup, Cupertino a bien ouvert comme demandé la possibilité d’un moteur de rendu web différent sur iPhone, suite à la demande de l’UE. Si les limites budgétaires de Mozilla se comprennent, il est étonnant de voir qu’il a fallu deux ans à Microsoft, ou encore à Google, pour réaliser qu’il y avait possiblement une opportunité sur iOS, et de les voir écarquiller les yeux sur des résultats de tests qu’ils auraient pu faire bien avant. Est-ce pour autant entièrement de la faute de Microsoft et Google ? Comme toujours, la réalité est plus nuancée : si ces deux mastodontes avaient largement les moyens de proposer une version spécifique en UE avec leur propre moteur de rendu, Apple a certes ouvert la plateforme mais complique les choses pour des apps qui se veulent être présentes dans le monde entier : il aurait fallu proposer une version spécifique entièrement indépendante de Chrome ou Edge sur iPhone, et donc repartir entièrement de zéro pour attirer les utilisateurs déjà présents sur leurs navigateurs motorisés par WebKit. DMA : Apple accusée d’empêcher le développement de navigateurs sans WebKit Alex Moore, directeur de l’Open Web Advocacy, en appelle donc à l’Union européenne et au Japon (qui a lui aussi imposé l’ouverture du moteur de rendu web sur iPhone) afin de forcer un peu la main à Apple, encore une fois : C’est un exemple clair des coûts qu’Apple impose aux consommateurs et aux entreprises du monde entier, des coûts créés par son interdiction des moteurs de navigateur concurrents depuis maintenant 17 ans. Même dans l’Union européenne et au Japon, où Apple est désormais tenu d’autoriser les éditeurs de navigateurs à utiliser leurs propres moteurs, les obstacles qu’elle a mis en place empêchent dans les faits les développeurs de porter leurs moteurs sur iOS. Alors qu’Apple a désormais eu plus de deux ans pour proposer une solution conforme, la Commission européenne devrait ouvrir une procédure de spécification afin d’indiquer précisément à Apple comment ces obstacles doivent être supprimés. Si Apple peut restreindre les moteurs de navigateur sur iOS, l’entreprise peut également limiter les capacités du web mobile et maintenir les entreprises dans une dépendance aux applications natives et aux règles de l’App Store. À nos yeux, il s’agit de loin de l’intervention la plus importante que l’Union européenne puisse entreprendre, et de celle qui a le plus de chances de transformer l’ensemble de l’écosystème mobile. Aucune autre mesure n’arrive à ce niveau d’importance. L’appel sera-t-il écouté ? Rien n’est moins sûr, mais Microsoft avec sa « découverte » fait clairement un appel du pied aux autorités de régulation en ce sens.
Deux ans après le DMA, Microsoft « découvre » un Blink 30 % plus rapide que WebKit sur iPhone
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